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Lutter contre le mildiou de la pomme de terre dans le Fouta-Djallon grâce à un nouveau système d’avertissement

Dans le Fouta-Djallon, la culture de la pomme de terre est une culture majeure, largement exportée dans les pays de sous-région avec ses plus de 45 000 tonnes produites par année et ses 38 000 producteurs affiliés (dont 64 % de femmes).

Un des problèmes majeurs de cette culture est le mildiou. Extrêmement présent lors de la saison des pluies, il limite les superficies cultivées et oblige les producteurs à appliquer de nombreux traitements phytosanitaires couteux pour assurer un minimum de production. Les enquêtes réalisées dans le cadre de l’élaboration du Guide de bonnes pratiques de production de la pomme de terre (en cours d’élaboration) ont montré des pertes allant de 15 % jusqu’à la destruction totale de la production par cette maladie. Selon les scénarios, une perte de rendement de 15 % induit un manque à gagner qui équivaut à une valeur monétaire de 12 510 000 GNF/ha (environ 1 380 euros) à 16 680 000 GNF/ha (environ 1 840 euros) selon le prix de la pomme de terre vendue.

Outre les pertes de revenus, la plupart des moyens de lutte actuels contre le mildiou sont des fongicides préventifs. Il est donc impératif de connaître la date d’application optimale afin de garantir une lutte efficace contre la maladie et de limiter leur utilisation au strict minimum afin de diminuer les coûts économiques, mais aussi les risques pour la santé du producteur et l’environnement.

C’est dans ce cadre-là que le projet STDF/PG/498 pour le renforcement du système de contrôle et de certification phytosanitaires en Guinée intervient pour assurer la mise en place d’un système d’avertissement (surveillance) qui permettra de conseiller le producteur sur le meilleur moment auquel traiter son champ pour maximiser l’efficacité de l’intervention.

Un système d’avertissement a été mis au point par le Centre pour l’Agronomie et l’Agro-Industrie du Hainaut (CARAH) il y a 30 ans et a été amélioré au cours de ces années en suivant les progrès de la technologie et l’évolution de la connaissance du pathogène. Ce système d’avertissement se base sur un modèle informatique prévoyant les risques d’infection par le mildiou. Le modèle se base sur l’acquisition de données météo par une station météo connectée (mesurant avec précision la température, l’humidité relative et les précipitations) installée dans une parcelle de pomme de terre représentative de la région. Les données de la station météo sont envoyées toutes les heures (ou tous les jours, mais la précision est grandement diminuée) à un serveur central sur lequel sont calculées les courbes de développement de la maladie.

Un ou plusieurs techniciens, en charge du suivi du modèle, envoient ensuite des avertissements sous forme de SMS, courriel, message WhatsApp…, indiquant aux agriculteurs qu’il est temps de pulvériser. Les avertissements incluent également des conseils quant au type de fongicide à appliquer, la dose, etc.

Il est important de noter que l’utilisation du modèle doit toujours être accompagné d’observations de terrain, spécialement pour la phase pilote. En effet, dans un premier temps, même si le modèle est assez robuste, il est impératif de confirmer le bon fonctionnement de celui-ci par des observations de terrain très régulières. Par la suite, la quantité d’observations de terrain peut diminuer, mais restent toujours nécessaires. En début de saison, les observations de terrain permettent de déterminer à quelle date le modèle commence à être calculé.

C’est dans ce contexte que s’est déroulé du 27 juin au 7 juillet 2022 une mission en Guinée. Elle a permis d’installer un premier pilote dans les deux principales zones de production : Timbi Madina et Dalaba. Outre l’installation de l’équipement, une vingtaine de techniciens ont été formés à l’utilisation du matériel, à l’interprétation des données et aux conseils agricoles à fournir aux producteurs. Ces techniciens occupent une position centrale dans la gestion du système et sont le moteur principal du système. Ce sont eux qui vont procéder aux relevés météorologiques durant toute cette campagne de production (jusqu’en septembre) et coupler ces informations avec leurs observations en champ traité et non-traité pour évaluer l’efficacité du modèle. À l’issue de ce premier test, la proposition pourra être améliorée et déployée plus largement dans la région. Nous espérons pouvoir disposer d’un système fiable dans le courant de 2023.

À terme, ces avertissements pourront s’enrichir et devenir la référence pour les agriculteurs quant à tout type d’intervention culturale à réaliser dans leurs parcelles de pomme de terre (choix de la variété, plantations, fumure…). Il est également possible, lorsqu’un certain niveau de formation est atteint par les agriculteurs, que ceux-ci consultent eux-mêmes le modèle via leur smartphone.

Cette activité est soutenue par le programme Fit For Market SPS, mis en œuvre par le COLEACP dans le cadre de la coopération au développement entre l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) et l’Union européenne, et dans le cadre du projet de renforcement du système de contrôle et de certification phytosanitaire en Guinée, financé par le Fonds pour l’application des normes et le développement du commerce (STDF), et mis en œuvre par le COLEACP.



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